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Données Pallas

La prochaine opportunité pour les organisations associatives : la valeur de l’appartenance

Dans les années 1990, Robert Putnam, le célèbre politologue américain, a commencé à s’interroger sur les raisons du déclin de la participation au sein des associations locales américaines. Il a ainsi mis en évidence une érosion plus générale de la confiance et des relations que ces associations avaient traditionnellement contribué à créer. Son ouvrage *Bowling Alone* est devenu l’une des études les plus ambitieuses jamais réalisées sur la vie civique américaine. S’appuyant sur près de 500 000 entretiens et des données recueillies sur plusieurs décennies, Putnam a constaté que les Américains adhéraient à moins d’associations, assistaient à moins de réunions publiques et passaient moins de temps avec leurs voisins et leurs amis. Son célèbre exemple illustrait clairement ce changement : de plus en plus de gens jouaient au bowling, mais ils étaient moins nombreux à participer à des championnats. Les gens n’avaient pas cessé de participer. Mais ils le faisaient de plus en plus souvent seuls. Ce n’était pas simplement la fréquentation qui disparaissait. C’était le capital social : la confiance, les relations et le sens des responsabilités partagées qui se développent lorsque des personnes participent régulièrement à une activité commune. Pour les associations, cela revêt une importance particulière, car elles comptent parmi les rares organisations spécifiquement conçues pour rassembler des personnes autour d’une profession, d’une identité ou d’un objectif communs. Dans le meilleur des cas, elles ne se contentent pas de fournir des informations. Elles offrent aux personnes la possibilité de participer, d’apporter leur contribution et de nouer des relations au sein de leur domaine d’activité. Nous disposons aujourd’hui de plus de moyens de communication que jamais. Chacun peut travailler depuis chez soi, participer à des réunions en ligne et entretenir des centaines de relations professionnelles sans quitter son écran. Mais le fait de toucher un public plus large ne se traduit pas nécessairement par des communautés professionnelles plus solides. Pour les associations, cela pourrait constituer une opportunité importante. Le fossé en début de carrière Des données canadiennes récentes indiquent que le sentiment d’appartenance diminue fortement lorsque les individus entrent dans l’âge adulte. Statistique Canada a constaté que 63 % des Canadiens âgés de 15 à 19 ans déclaraient éprouver un fort sentiment d’appartenance à leur communauté locale. Ce chiffre tombait à 47 % chez les 20-24 ans et à 43 % chez les 25-29 ans. C’est également à ce moment-là que de nombreuses personnes quittent l’école, entrent sur le marché du travail et commencent à se forger une identité professionnelle. Les communautés qui faisaient autrefois partie intégrante de la vie quotidienne commencent à disparaître. Les cours, les associations et les campus communs sont remplacés par le travail, les trajets quotidiens et des lieux de travail de plus en plus dispersés. Les associations professionnelles commencent souvent à recruter des membres précisément à ce stade. Pourtant, nombre d’entre elles continuent de mettre principalement en avant des avantages concrets tels que la formation, les publications, les certifications et les réductions. Ces avantages sont certes importants, mais ils risquent de ne pas tenir compte de certains besoins des jeunes professionnels en cette période de transition. Les jeunes continuent de nous rejoindre. Ce serait une erreur de conclure que les jeunes ne s’intéressent plus aux activités organisées. Entre 2021 et 2024, 53 % des Canadiens âgés de 18 à 29 ans ont participé aux activités d’un groupe, d’une organisation ou d’une association. Une étude antérieure de Statistique Canada avait révélé que les jeunes Canadiens participaient activement à la vie d’organisations sportives, de loisirs et culturelles. Cependant, seuls 23,5 % des personnes âgées de 18 à 30 ans étaient membres d’un syndicat ou d’une association professionnelle, contre 45,7 % des personnes âgées de 31 à 46 ans. La question qu’il convient de se poser n’est pas de savoir pourquoi les jeunes adultes refusent de s’engager. C’est pourquoi ils semblent plus enclins à adhérer à certains types de groupes qu’à des associations professionnelles. Les activités sportives, les loisirs et les associations locales impliquent généralement une participation active. Les gens font quelque chose ensemble, retrouvent des visages familiers et s’intègrent peu à peu au groupe. L’adhésion à une association professionnelle peut sembler plus distante. On paie une cotisation, on reçoit des e-mails et on participe à des événements de temps à autre, mais on peut ne jamais parvenir à se forger un rôle précis ni à nouer de relations significatives au sein de l’organisation. Le défi ne réside peut-être pas tant dans la vente d’adhésions que dans la création d’une expérience qui justifie l’adhésion. Les associations, un « troisième lieu » pour les télétravailleurs Le télétravail et le travail hybride rendent cette opportunité d’autant plus pertinente. En mai 2026, 11,4 % des Canadiens actifs travaillaient exclusivement à domicile, et 9,8 % supplémentaires bénéficiaient d’un mode de travail hybride. Au total, un peu plus d’un Canadien actif sur cinq travaillait à domicile pendant au moins une partie de son temps de travail. Cette flexibilité présente des avantages évidents, mais elle peut limiter les interactions informelles grâce auxquelles les relations professionnelles se nouent souvent. Une étude portant sur les habitudes de travail de 61 182 employés de Microsoft a révélé que le télétravail généralisé au sein de l’entreprise rendait les réseaux de collaboration plus statiques et cloisonnés, avec moins de liens entre les différentes divisions de l’organisation. Les associations pourraient contribuer à combler en partie ce vide en devenant un « troisième lieu » professionnel : un endroit, situé en dehors du domicile et du lieu de travail immédiat, où les gens se retrouvent régulièrement, apportent leur contribution et nouent des relations. Cela pourrait prendre la forme de cercles de mentorat, de rencontres locales, de petits ateliers, d’équipes de bénévoles ou de groupes de pairs se réunissant régulièrement. Le format précis importe moins que la régularité. Une grande conférence annuelle peut susciter l’intérêt et l’enthousiasme. Des liens plus solides ont davantage de chances de se nouer lorsque les membres revoyent régulièrement les mêmes personnes, participent ensemble à des activités et apprennent progressivement

La prochaine opportunité pour les organisations fondées sur les membres : La valeur de l'appartenance

Dans les années 1990, Robert Putnam, célèbre politologue américain, a commencé à s’interroger sur les raisons du déclin de la participation aux associations locales aux États-Unis. Il a mis au jour une érosion plus générale de la confiance et des relations que ces associations avaient traditionnellement contribué à créer. Son ouvrage *Bowling Alone* est devenu l’une des études les plus ambitieuses jamais réalisées sur la vie civique américaine. S'appuyant sur près de 500 000 entretiens et des décennies de données, Putnam a constaté que les Américains adhéraient à moins d'associations, assistaient à moins de réunions publiques et passaient moins de temps avec leurs voisins et leurs amis. Son célèbre exemple illustre clairement ce changement : davantage de personnes jouaient au bowling, mais moins d’entre elles jouaient au sein de ligues. Les gens n’avaient pas cessé de participer. De plus en plus, ils participaient seuls. Ce qui disparaissait, ce n’était pas simplement la participation. C’était le capital social : la confiance, les relations et la responsabilité partagée qui se développent lorsque des personnes participent régulièrement à une activité ensemble. Pour les associations, cela revêt une importance particulière, car elles comptent parmi les rares organisations spécifiquement conçues pour rassembler les gens autour d’une profession, d’une identité ou d’un objectif commun. Dans le meilleur des cas, elles ne se contentent pas de fournir des informations. Elles créent des occasions pour les individus de participer, de contribuer et de tisser des liens au sein de leur domaine. Nous disposons aujourd’hui de plus de moyens de communication que jamais auparavant. Les gens peuvent travailler à domicile, assister à des réunions en ligne et entretenir des centaines de relations professionnelles sans quitter leur écran. Mais l’accès à un plus grand nombre de personnes ne se traduit pas nécessairement par des communautés professionnelles plus solides. Pour les associations, cela pourrait représenter une opportunité importante. Le fossé en début de carrière Des données canadiennes récentes suggèrent que le sentiment d’appartenance diminue fortement lorsque les personnes entrent dans l’âge adulte. Statistique Canada a constaté que 63% des Canadiens âgés de 15 à 19 ans déclaraient avoir un fort sentiment d’appartenance à leur communauté locale. Ce chiffre est tombé à 47% chez les 20-24 ans et à 43% chez les 25-29 ans. C’est également à ce moment-là que de nombreuses personnes quittent l’école, entrent sur le marché du travail et commencent à se forger une identité professionnelle. Les communautés qui faisaient autrefois partie intégrante de la vie quotidienne commencent à disparaître. Les cours, les associations et les campus partagés sont remplacés par les emplois, les trajets domicile-travail et des lieux de travail de plus en plus dispersés. C’est souvent à ce moment précis que les associations professionnelles commencent à recruter. Pourtant, beaucoup continuent de mettre en avant principalement des avantages concrets tels que la formation, les publications, les certifications et les réductions. Ces avantages ont certes leur importance, mais ils risquent de négliger une partie de ce dont les jeunes professionnels en début de carrière ont besoin pendant cette période de transition. Les jeunes n’ont pas cessé de s’engager. Il serait erroné de conclure que les jeunes ne s’intéressent plus aux activités organisées. Entre 2021 et 2024, 53% des Canadiens âgés de 18 à 29 ans ont participé à un groupe, une organisation ou une association. Une étude antérieure de Statistique Canada avait révélé que les jeunes Canadiens participaient massivement à des organisations sportives, de loisirs, culturelles et de loisirs. Cependant, seuls 23,5% des personnes âgées de 18 à 30 ans étaient membres d’un syndicat ou d’une association professionnelle, contre 45,7% chez les 31 à 46 ans. La question qu’il convient de se poser n’est pas de savoir pourquoi les jeunes adultes refusent d’adhérer. Il s’agit plutôt de comprendre pourquoi ils semblent plus disposés à rejoindre certains types de groupes que des associations professionnelles. Les organisations sportives, de loisirs et communautaires impliquent généralement une participation active. Les gens font quelque chose ensemble, voient des visages familiers et s’intègrent progressivement au groupe. L’adhésion à une association professionnelle peut sembler plus distante. On paie une cotisation, on reçoit des e-mails et on participe à des événements ponctuels, mais on ne développe parfois jamais de rôle précis ni de relation significative au sein de l’organisation. Le défi consiste peut-être moins à vendre une adhésion qu’à créer une expérience qui justifie de s’y inscrire. Les associations comme ‘ troisième lieu ’ pour les télétravailleurs Le télétravail et le travail hybride rendent cette opportunité encore plus pertinente. En mai 2026, 11,4% des Canadiens actifs travaillaient exclusivement à domicile, et 9,8% supplémentaires bénéficiaient d’un mode de travail hybride. Au total, un peu plus d’un Canadien salarié sur cinq travaillait à domicile pendant au moins une partie de son temps de travail. Cette flexibilité présente des avantages évidents, mais elle peut réduire les interactions informelles grâce auxquelles se développent souvent les relations professionnelles. Une étude portant sur les habitudes de travail de 61 182 employés de Microsoft a révélé que le télétravail généralisé rendait les réseaux de collaboration plus statiques et cloisonnés, avec moins de liens entre les différentes parties de l’organisation. Les associations pourraient contribuer à combler en partie ce vide en devenant un “ troisième lieu ” professionnel : un endroit situé en dehors du domicile et du lieu de travail immédiat où les gens se rencontrent régulièrement, apportent leur contribution et nouent des relations. Cela pourrait prendre la forme de cercles de mentorat, de rencontres locales, de petits ateliers, d’équipes de bénévoles ou de groupes de pairs réguliers. Le format spécifique importe moins que la régularité. Une grande conférence annuelle peut susciter l’attention et l’enthousiasme. Des relations plus solides ont plus de chances de se développer lorsque les membres revoyent régulièrement les mêmes personnes, participent ensemble à des activités et se font progressivement connaître au sein du groupe. Au-delà du simple réseautage La solution ne consiste pas simplement à organiser davantage de cocktails et à les qualifier de ’ communauté ». Le réseautage traditionnel peut être source de malaise, en particulier pour les étudiants, les jeunes professionnels et les personnes qui font leurs premiers pas dans un domaine qui leur est peu familier. Se contenter de rassembler des personnes dans une salle bondée et leur dire de « réseauter » ne crée pas automatiquement des liens utiles. Les associations peuvent faciliter les interactions en donnant aux participants une raison de discuter et de travailler ensemble. Cela peut inclure des discussions en petits groupes, des présentations guidées, des programmes de mentorat, des projets de bénévolat, des défis professionnels communs et des groupes réguliers destinés aux nouveaux membres. L’objectif ne doit pas se limiter à rassembler des personnes dans une salle. Il doit consister à créer les conditions permettant aux relations de se poursuivre une fois l’événement terminé. Il n’existe pas de modèle universel : toutes les associations ne doivent pas nécessairement proposer la même expérience. Un étudiant peut rechercher un point d’entrée dans la profession. Un membre en début de carrière peut avoir besoin d’un mentorat, de confiance en soi et d’opportunités d’emploi. Un praticien indépendant peut rechercher des recommandations et des collaborateurs. Un membre chevronné peut souhaiter des opportunités de leadership ou un cadre structuré pour apporter sa contribution. L’ASAE a mis en garde contre une dépendance excessive aux stéréotypes générationnels généraux. Le stade de carrière peut être un indicateur plus utile des besoins des membres en matière de formation et de contenu que l’âge ou la génération. Chaque communauté professionnelle possède sa propre culture, ses propres pressions et ses propres attentes. Ces différences doivent être étudiées plutôt que supposées. Pourquoi les enquêtes auprès des membres ne suffisent pas à expliquer l’attrition ? Les associations savent généralement qui ouvre les e-mails, participe aux événements, renouvelle son adhésion et suit des formations. Ces indicateurs montrent ce que les membres ont fait. Ils n’expliquent pas nécessairement pourquoi. Un membre peut cesser de participer parce qu’un événement